«L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE À MAYOTTE ...
UNE MESURE INDISPENSABLE ET URGENTE»

Dans les colonies françaises au XVIllè siècle, la traite, tant royale que «particulière», est réglementée. Prohibée en 1794 sous la Convention, de nouveau autorisée par Bonaparte en 1802, elle entre cependant dans le siècle qui verra son extinction. La répression de la traite se durcit avec la monarchie de juillet : la loi du 4 mars 1831 prévoit, outre la confiscation du navire et de sa cargaison, de fortes peines de réclusion et de travaux forcés pour les ambassadeurs de la traite, laquelle n' est plus considérée comme un délit mais comme un crime.

Lorsque la France prend possession de l'île de Mayotte en 1841, la traite et l'esclavage constituent pour le pouvoir central un sérieux casse-tête. Dans son rapport au roi de septembre 1846, le ministre de la marine et des colonies, Mackau, envisage :

«La nécessité de mettre notre nouvelle possession, dès son origine, tout à fait en dehors du régime social qui faut aujourd'hui à nos anciens établissements coloniaux une situation critique et si difficile à gérer ".

«L'abolition complète et immédiate de l'esclavage à mayotte me paraît donc une mesure indispensable et urgente».

L'ORDONNANCE ROYALE DU 9 DÉCEMBRE 1846

L'introduction des esclaves est, dès l'occupation de Mayotte par la France, interdite en vertu des lois prohibitives de la traite des noirs. Toutefois, de nombreux esclaves se trouvent déjà sur l'île dont les propriétaires proviennent des précédentes vagues de peuplement.
Le rachat de ces esclaves, de leur liberté, est l'objet .principal de l'ordonnance du roi Louis-Philippe en date du 9 décembre 1846. Le document constitue pour Mayotte le texte officiel qui proclame la liberté des esclaves et, partant, l'abolition de l'esclavage.. L'ordonnance est promulguée sur l'île le 1er juillet 1847 par le commandant supérieur Passot.

LE CONTRAT D'ENGAGEMENT

« Il y a malheureusement dans l'ordonnance royale du 9 décembre 1846 une clause attachée à la libération du noir, et que celui-ci ne comprend pas très bien ; c'est celle de l'engagement de cinq années au profit de l'Etat. Cet engagement, aux yeux de la majorité des captifs, c'est la continuation de l'esclavage ».

Passot. Rapport de la séance du 6 juillet 1847.

Le commandant Passot vers 1850.

VIGILANCE ET INTERVENTIONS BRITANNIQUES

La lutte contre la traite poussa, à plusieurs reprises le Foreign Office, via la station du Cap à instruire le gouvernement français des abus auxquels donnaient lieu les opérations de recrutement dans le Canal du Mozambique. C'est l'objet du courrier qu'adresse le Ministre des Affaires Étrangères, Broglie, au commandant supérieur de Mayotte, le 10 juin 1870.
L'activité des stationnaires britanniques et celle des conseils à Anjouan et à Zanzibar ne fut pas moins sévère contre les négriers locaux dont les boutres furent à maintes reprises torpillés à vide..

Annexe : texte de la déclaration d'abolition de l'esclavage de 1848

Sources : "L'abolition de l'esclavage à Mayotte" - Service des Archives de Mayotte -1998