Le 25 avril 1841 le sultan de Mayotte Andriantsoli signait le traité du rattachement à la France. La mention de cet événement est dans tous les manuels d'histoire, mais ce que l'on connaît moins, c'est pourquoi ce Roi Sakalave était devenu Roi de Mayotte. il faut donc pour cela empiéter sur l'histoire de Madagascar et remonter trente ans dans le passé de la Grande Ile.

Le roi Malgache Radama commença à régner en 1810 à la mort de son père Andrianampoinimerina. Doué de talents militaires indéniables il entreprit systématiquement la conquête des tribus qui n'étaient pas encore soumises. ?Ses expéditions furent célèbres.
En ce temps là, et après une occupation malheureuse de Fort Dauphin qui ne dura que 32 ans, la France ne possédait sur la côte orientale de l'île que des comptoirs de traite. Seule, une petite garnison s'était installée sur l'île Sainte Marie après que le chef Ratsimilaho et sa fille la Reine Bety eussent cédé solennellement en 1750 leur île à la France.
En 1811, après la prise de Bourbon et de Maurice par les Anglais, ceux-ci vont jouer un rôle déterminant sur la politique expansionniste de Radama. Par l'entremise de leurs agents Tesage et Hastie, ils vont l'aider à étendre sa domination.
En 1820 commencèrent les grandes expéditions contre les Sakalaves. Les premières attaques furent un désastre pour les Hovas : 30 000 hommes périrent de la fièvre et de la famine. Mais Radama y puisa des leçons utiles. A sa troisième expédition, il soumit le Menabe et prit une princesse Sakalave parmi ses épouses. En 1822 Radama s'attaqua à la côte Est, en 1823 aux, Sihanaka puis à Mananjary et en 1825 à Fort Dauphin. Mais tout en dirigeant ses efforts sur les provinces où étaient établis des français, Radama ne perdait pas de vue les Sakalaves du Nord. A la mort de Tsimaloma, Roi de Boueni, Andriantsoli avait été reconnu Roi en juillet 1822. Fils de Osa, Andriantsoli s'était fait musulman et avait pris pour cela le nom de Soli (converti).
En 1822, dans le même temps que Radama envahissait le Ménabe, l'anglais Nourse s'était présenté à Majunga et avait demandé à Andriantsoli de rester en paix avec les Hovas. Celui-ci acceptant, il lui avait remis un pavillon qui était le signe de l'union et qu'il devait arborer. Cédant aux suggestions de l'anglais, il envoya à Tananarive une délégation conduite par les chefs Mangatsa et Toumani Ben Mari pour complimenter Radama. Arrivés à Tananarive ils furent étonnés d'apprendre que le pavillon qu'ils déployaient était celui de Radama et qu'ainsi ils faisaient leur soumission. Vexés, ils interrogèrent le Roi qui leur répondit qu'il désirait être reconnu comme souverain par Andriantsoli ou sinon que celui-ci se prépare à la guerre.
Au printemps de 1824, Radama n'ayant obtenu aucune réponse favorable, il se dirigea vers le Nord avec son armée. A l'approche dés Hovas, Andriantsoli quitta Mahitsampanjava et se retira au milieu des palétuviers à Nosikibondro. Puis il passa le fleuve à Ankaboka. Pendant ce temps, les troupes de Radama se dirigeaient vers Majunga où commandait la chef Antalaoha Hussein.

A Ambondro, Hussein refusa de reconnaître Radama comme son souverain ; il fut mis à mort surplace le 2 juillet 1824. L'armée continue vers Majunga où elle entra sans coup férir, les antalaola, les arabes et les indiens ne demandant que la tranquillité nécessaire à leur commerce. Il n'y eut de mécontents que les marchands d'esclaves car leur trafic était officiellement interdit. A ce moment, Radama expédia deux armées dans le pays.
La première s'avança au Nord vers Marofotoha où commandait le chef Tsoara qui fut tué. L'armée opérant dans le Sud était commandée par l'anglais Robin.
Ils traversèrent la Betsiboka en boutres et attaquèrent et tuèrent Tifindraza. Andriantsoli se rendit alors. Il fut mis en résidence surveillée du côté de Marovoay en conservant son titre de Roi. La conquête du Bouéni terminée Padama fit un grand kabary "la guerre est finie dit-il, déposez vos sagaies et vos fusils et cultivez le sol. Sinon vous serez sans père ni mère car les joncs poussent de la terre et l'or et l'argent ne tombent pas du ciel". Puis il quitta le pays.

En 1825, les événements se gâtèrent et les Sakalaves n'acceptaient plus la présence des troupes Hovas. Plusieurs garnisons furent égorgées et Andriantsoli engageait la population à secouer le joug. Les insurgés se portèrent sur Majunga où commandait le général Ramanetaka. L'attaque échoua et Andriantsoli s'enfuit vers le Nord, à Amorontsangana. Malgré une résistance opiniâtre il ne put contenir les troupes Hovas. Le 13 avril 1826 il s'était replié sur Karakajoro et il apprit que Ramanetaka l'attaquait par la mer. Il prit un boutre et s'enfuit vers Mayotte. Mais poussé par le vent il aborda à Zanzibar où il resta. En juillet 1028, Radama mourut. Lorsqu'il apprit sa mort Andriantsoli revint à Madagascar et sa sœur Ouantitsy lui remit le pouvoir. Il s'installa à Amorotsangana et reprit les hostilités. La nouvelle Reine des Hovas Ranavabona consolida son autorité en faisant assassiner les compétiteurs éventuels. Ramanetaka, Gouverneur de Majunga et cousin de feu Radama comprit le sort qui l'attendait. Il s'embarqua sur des boutres arabes avec ses esclaves et quelques fidèles et se réfugia à Anjouan. Nous le reverrons plus tard Sultan de Mohéli. Une armée Hova de 7000 hommes se dirigea sur Amorotsangana. Les deux armées se rencontrèrent dans la plaine de Pereny le 30 août. On se battit avec acharnement et le général Sakalave Roussi fut tué et son second Tofotsy eut la jambe fracassée. Les Sakalaves se débandèrent et devant ce désastre Andriantsoli prit la fuite et se terra dans les bois. Les Hovas ravagèrent tout le pays. Fatigués de la guerre, les Sakalaves prirent Ouantitsy comme Reine et Andriantsoli s'expatria encore une fois et partit pour Mayotte le 15 juillet 1023, définitivement. La guerre n'en finit pas pour autant et il fallut attendre 1840 date à laquelle la Reine du Bouéni, Tsiomeko et le Roi des Antankara, Tsimiharo passèrent une convention de protection avec la France.

ULYSSE
SOURCES : Tantara my Andriana, Documents Amico.