À la richesse des origines culturelles de la femme mahoraise intégrant des composantes africaines et malgaches, sont venus s’ajouter différents apports sémites, austronésiens et européens lui conférant une spécificité identitaire qu’elle n’a jamais cessé de revendiquer tout au long de ce siècle. Et, malgré l’islam prééminent, il émane de la femme mahoraise la puissance ancestrale de la terre africaine, sa chaleur, son impétuosité.
Alors que son statut religieux aurait dû la maintenir dans l’ombre, dans l’allégeance aux hommes, elle s’est forgée une destinée de combattre exceptionnelle qui a fini par entraîner l’adhésion de la population toute entière.

En 1966, Mme Zéna M’déré revient à Mayotte, son île natale, après plusieurs années passées sur les côtes Nord et Nord-Ouest de Madagascar. Elle a longtemps exercé la profession de " foundi ", enseignante d’école coranique. Cette position lui conférait une certaine autorité que ne manqueront pas d’exploiter à leur profit les femmes de Mayotte lorsqu’elles décideront de prendre leur destin en main.

Zéna M’déré  va alors incarner la lutte de ses sœurs humiliées, simples ménagères, agricultrice maîtresses coraniques ou petites commerçantes, illettrées en français dans la plupart des cas, celles à qui on ne reconnaît même pas le pouvoir de comprendre la misère de leur condition sociale et culturelle, celles qui voient partir pour la Grande Comores leurs époux fonctionnaires et qui savent que la polygamie leur permettra de se remarier ailleurs, d’élever d’autres enfants et d’oublier ceux qui sont a Mayotte.

Lorsque les femmes expliquent leur problème au ministre Ahmed Sabili, celui-ci leur rétorque avec le plus profond mépris : " bientôt, pour clamer vos ardeurs, il faudra vous mettre du gingembre et du piment dans la chouchoune ! " Cette insulte de trop va déchaîner leur colère et les inciter à engager le combat contre les membres du Gouvernement avec des moyens qui leur éviteront, malgré tout, les sanctions de la justice : " on va les chatouiller et ainsi, ils ne viendront plus nous narguer sur notre île !? " Aucune peine de prison n’est prévue contre les chatouilles.

Cette idée géniale va faire son chemin et bientôt, la première " victime " sera le Ministre Mohamed Dahalane en visite à Mayotte. Ridiculisé, il reprend l’avion pour Moroni où il provoque l’hilarité générale en rencontrant sa mésaventure mahoraise. Ses collègues ne croient pas qu’une telle chose soit possible et, au fil des mois, chaque politicien de Moroni se rend à Mayotte où il se fait " accueillir " par le Commando des Chatouilleuses.

Ahmed Sabili lui-même, celui par qui le " scandale " avait débuté, ayant décidé de rejoindre Moroni, sera attendu à l’aéroport par des centaines de femmes en furie. Elles lui arrachent la moitié de ses vêtements et le soumettent au supplice de la chatouille en criant : " Tu es Mahorais, reste ici pour lutter avec nous !.. ". Mortifié, Ahmed Sabili attendra plus de six ans d’oser revenir à Mayotte.
En 1976, à l’issu d’une seconde consultation de ses habitants, qui choisiront leur maintien dans la France, Mayotte deviendra une collectivité territoriale.
Zéna M’déré vivait à Pamandzi, sur la petite Terre de Mayotte. Pratiquement infirme, elle habitait dans une modeste case bordée par petit Jardin. Elle est restée pauvre comme au temps de sa jeunesse, suscitant à jamais le respect et l’admiration de tous les Mahorais...

Mayotte en deuil

Cette grande figure de l'histoire de Mayotte s'est éteinte dans la matinée de 27 Octobre 1999 d'un crise cardiaque à l'âge de 82 ans, à l'hôpital de Dzaoudzi. Elle a été à la tête du combat pour Mayotte Française. Dès l'annonce de la nouvelle, beaucoup de gens se sont rendus à son domicile pour exprimer toute leur peine.

Le préfet de l'époque Pierre Bayle , Bamana, et le sénateur ont rendu hommageà cette femme dans toutes les médias de l'île aux parfums. Elle a été médaillée officier de l'ordre national lors du 14 juillet 1999.