MAYOTTE, LE PASSE ET L'AVENIR

10 juin 2006

CARTE DE MAYOTTE

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11 juin 2006

ISLAMISATION DES COMORES

L’histoire de Mayotte est inséparable de celle de l’archipel des Comores dont elle fait géographiquement partie (mais pas politiquement). Le premier peuplement de l'archipel s'est produit dans la seconde moitié du premier millénaire à partir de l'Afrique bantoue (moitié sud). Entre le VIIe et le XIIe siècle, des Austronésiens, qui contribuèrent au peuplement de l’île de Madagascar, sont passés par les Comores, mais ne s’y sont pas établis.


L’islamisation des Comores


Puis, au XIIe siècle, les Arabo-Shiraziens — le terme Shiraz désigne le golfe Persique —, des groupes islamisés métissés (Arabes et Iraniens), accompagnés de leurs esclaves, arrivèrent aux Comores et introduisirent la religion musulmane. L’islamisation s’imposa dans toutes les Comores; la première mosquée de pierre fut construite à Mayotte en 1566 dans la ville de Chingoni (qui s'appelle maintenant Tsingoni). Puis, les alliances politiques et matrimoniales des Arabo-Shiraziens avec les chefs comoriens entraînèrent un changement de l'organisation politique et la création de sultanats.

Vers le XVIIIe siècle, des Arabes originaires du Yémen, se déclarant les descendants du Prophète, s'allièrent aussi aux familles comoriennes nobles et contribuèrent ainsi à l'établissement de nouveaux lignages matrimoniaux, surtout à la Grande-Comore et à l’île d’Anjouan. C’est de cette époque que datent les documents écrits et les manuscrits en langue arabe, en swahili ou en comorien, le tout  présenté en alphabet arabe.

Les Malgaches et l’esclavage

C’est également au cours du XVIe siècle qu’un grand nombre de Malgaches sakalava s’établirent dans le sud de Mayotte. Dès cette période, coexistèrent dans l’île un peuplement arabo-shirazi au nord et un peuplement sakalava au sud, le tout sur fond d’origine africaine. C’est ce qui explique pourquoi les habitants de nombreux villages comoriens parlent encore aujourd'hui une langue malgache, notamment à Mayotte avec le sakalava et l’antalaotsi; ces langues appartiennent à la famille austronésienne. À partir du milieu du XVIIIe siècle, les quatre îles des Comores furent victimes de razzias organisées par des pirates malgaches. Ces incursions affaiblirent les îles et poussèrent les sultans locaux à rechercher la protection des grandes puissances de l’époque: la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.

Entre le XVIe et le XIXe siècle, comme ce fut le cas un peu partout dans l’océan Indien et aux Antilles, l'archipel des Comores fut le théâtre du commerce des esclaves. Déjà, au XIIe siècle, les Arabo-Shiraziens pratiquaient l’esclavage et c’est d’ailleurs avec leurs esclaves qu’ils arrivèrent aux Comores.  Plus tard, les Européens allèrent chercher leur main-d’oeuvre sur la côte est du continent africain, notamment chez les Africains d’origine bantoue et les Malgaches.

Dans le décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848, l’article 3 mentionnait «l’île Mayotte et dépendances» au nombre des colonies concernées:

En réalité, l'esclavage à l'île Mayotte était déjà aboli depuis une ordonnance du roi Louis-Philippe en date du 9 décembre 1846, laquelle était une suite du traité de cession de l'île du 25 avril 1841. Dans ce traité, il était prévu une disposition «considérant que l'extinction de l'esclavage à Mayotte est une des premières conséquences de l'occupation de cette île».

Après l'abolition officielle de l'esclavage, l'île Mayotte devint «le Far-West des Réunionnais déclassés» qui s'y installèrent et introduisirent le système des plantations coloniales en faisant appel à des travailleurs «engagés». En fait, les besoins de la main-d'oeuvre prirent simplement la forme d'un trafic d'engagés indiens et chinois sur les plantations. Certains historiens affirment même que les Réunionnais blancs immigrés à Mayotte poursuivirent l'esclavage sous la forme de l'engagement. Il n'est donc pas surprenant que les Réunionnais aient pris une part active à la lutte pour que Mayotte reste française en 1974-1975.

Le protectorat français

L'intervention de la France dans les Comores (et à Mayotte) commença au milieu du XIXe siècle, alors que les quatre îles des Comores furent le théâtre de nombreuses guerres entre sultans locaux, ce qui leur valut le surnom de «îles des Sultans batailleurs». Fatigué des guerres incessantes qui ravageaient son pays, le sultan Adrian Tsouli céda Mayotte à la France en échange d'une aide militaire et... d'une rente annuelle de 1000 piastres (ou 5000 francs à l'époque) de 1000 piastres et l'éducation de ses enfants à La Réunion aux frais du gouvernement français. Dans le cadre du traité du 25 avril 1841, l'île passa juridiquement sous le protectorat français. En réalité, la marine française avait besoin d'un port important dans l'entrée du canal de Mozambique et le traité de 1841, présenté comme un banal traité commercial, était une vente forcée. C'était pour la France une question de stratégie: il fallait occuper le plus de territoires afin d'empêcher les Anglais et les Allemands de les acquérir. Le roi Louis-Philippe entérina cette acquisition en 1843.

Toutefois, les rivalités franco-britanniques dans l'océan Indien firent en sorte que les trois autres îles de l'archipel des Comores (Grande-Comore, Mohéli et Anjouan) demeurèrent plus ou moins indépendantes, bien que l'ensemble de l'archipel fût placé, cinq années plus tard, sous l'autorité du gouvernement colonial de Mayotte. L'ensemble de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan), sauf Mayotte qui reste une colonie, tomba sous le protectorat français en 1886. En fait, tous les traités furent imposés par la France aux sultans locaux qui n'ont jamais eu le choix de résister. Le protectorat dura jusqu'en 1892, alors qu'il laissa place un peu plus tard à la colonie de «Mayotte et dépendances» rattachée par la loi du 25 juillet 1912 à l'île de Madagascar.

Le régime du protectorat supposait que la puissance coloniale envoyait un «résident» parlant uniquement français auprès des autorités locales et qu'il ne s'occupait en principe que de la politique extérieure. En fait, les «résidents» s'emparèrent progressivement du pouvoir, imposèrent la langue française et laissèrent les colons français déposséder entièrement les paysans de leurs terres, afin que ceux-ci vinssent se faire employer dans les plantations coloniales.

En 1890, un accord de partage intervint entre la France et la Grande-Bretagne: les Anglais obtenaient l'île de  Zanzibar (Tanzanie) en imposant l'anglais; les Français conservaient les Comores et Madagascar en imposant le français. Le rattachement juridique des trois autres îles à Mayotte s'effectua en 1904. Il fut suivi, le 9 avril 1908, d'un second décret rattachant officieusement Mayotte et ses dépendances à Madagascar. En 1912, le gouvernement français se résolut à coloniser le reste des Comores, afin de surveiller les pratiques douteuses des «résident» et des colons. La loi d'annexion du 25 juillet 1912 ne fit que confirmer ces décrets alors que Madagascar et les Comores (Ajouan, Mohéli, la Grande-Comore et Mayotte) devinrent une seule colonie française.

Après deux révoltes importantes (l'une en 1915 à la Grande-Comore, l'autre en 1940 à Anjouan), les Comores obtinrent en 1946 une autonomie administrative et la ville de Dzaoudzi fut choisie comme capitale du nouveau territoire. Ensuite, l'archipel devint autonome en 1946 et l'Assemblée territoriale des Comores choisit en 1958 le statut de territoire français d'outre-mer (TOM). Cependant, à Mayotte, 85 % des gens ont préféré, lors d'un référendum, le statut de département français d'outre-mer (DOM). Les Mahorais auraient développé certaines rancoeurs contre les anciens sultans d'Anjouan et contre les Arabo-Comoriens. Dans les faits, les Comores ne furent jamais traitées comme les autres territoires d'outre-mer, mais toujours comme une colonie.

En 1974, à l'issue d'un référendum, les îles d'Anjouan, de Mohéli et de la Grande-Comore optèrent pour l'indépendance à 95 %, alors que les habitants de Mayotte choisirent à plus de 60 % de rester des citoyens français. Le 6 juillet 1975, le président Ahmed Abdallah proclama à Moroni l'indépendance unilatérale des quatre îles formant ainsi l'État des Comores. Mais en février 1976, lors d'un référendum, la population de Mayotte se prononça avec une très large majorité (99 %) pour son maintien dans l'ensemble français avec le statut de collectivité spéciale qui lui fut accordé. La République fédérale islamique des Comores fut proclamée le 1er octobre 1978.

Quant aux Mahorais de l'île Mayotte, il semble bien qu'ils ne voulaient pas être soumis à un État comorien suspecté de vouloir les exploiter. Il faut dire que, à la suite de l'indépendance, les Comores connurent une succession de régimes et de coups d'État (dont le renversement du "père de l'indépendance", le président Ahmed Abdallah), dans lesquels des mercenaire français ont souvent joué un rôle essentiel. Sur la base de l'article 72 de la Constitution française, les habitants de Mayotte bénéficient maintenant du statut de collectivité territoriale et ils sont administrés par un préfet nommé par la République.

Une nouvelle loi adoptée le 22 décembre 1979 stipule que «l'île de Mayotte fait partie de la République française et ne peut cesser d'y appartenir sans le consentement de sa population». Néanmoins, la République islamique des Comores revendique le territoire de Mayotte. D'ailleurs, le statut de collectivité territoriale a été accordé à l'île de façon strictement provisoire. De plus, le 2 décembre 1982, l'ONU adoptait une résolution en faveur du retour de Mayotte aux Comores: 110 États votèrent pour la résolution, la France vota contre (une seule voix) et 22 États s'abstinrent. Les Mahorais devaient être consultés afin de redéfinir l'avenir constitutionnel de leur île. Dans le reste des Comores, malgré l'indépendance, la vie politique continue d'être très influencée par la France, quand ce n'est pas par l'Afrique du Sud.

Mais la France a hésité pendant plus de vingt-cinq ans à accorder un statut définitif à Mayotte, et ce, pour deux raisons. D'abord, parce que la départementalisation risque de coûter très cher à l'État, compte tenu du BNB qui se maintient bien en deçà de celui de la France. Le second obstacle est d'ordre juridique dans la mesure où il apparaît fort complexe de faire entrer dans le droit commun français une société de structure musulmane. N'oublions pas, par exemple, qu'à Mayotte l'état civil est géré par des cadis, des juges de paix musulmans souvent illettrés, que la polygamie est restée une pratique courante, que la loi restreint l'héritage des femmes à la moitié de celui dévolu aux hommes, que les noms de famille sont pratiquement inexistants, que le code civil est en arabe, etc. Dans ces conditions, la départementalisation définitive de Mayotte était perçue probablement comme un casse-tête politique et juridique. Et il y a toujours la résolution de l'Onu contre la position de la France! Un dossier politique chaud!

Néanmoins, en 1998, le gouvernement français a ouvert deux groupes de réflexion, l'un à Mayotte, l'autre à Paris, avec l'ensemble des représentants de la société mahoraise. Des ententes ont été conclues lors d’un accord signé à Paris, le 27 janvier 2000, par les trois partis politiques représentés au Conseil général de Mayotte (le Mouvement populaire mahorais, le Rassemblement pour la République et le Parti socialiste) et par le gouvernement français. Par la loi no 2000-391 du 9 mai 2000, «l'accord sur l'avenir de Mayotte» a été soumis, le 2 juillet 2000, à la consultation de la population. Les Mahorais ont massivement participé à cette consultation et se sont prononcés à 72,94 % en faveur du OUI. Ce résultat semble exprimer la volonté des Mahorais d'ancrer plus fermement leur avenir institutionnel dans la République française et leur attente d'un développement durable et solidaire.

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30 juin 2006

COLONISATION DE MAYOTTE

Mayotte devient française

En 1832, Adrian Souli, roitelet malgache, quitte Madagascar et se réfugie à Mayotte auprès du sultan. Il s'empare bientôt de l'île entière. Mis en place par les troupes anjouanaises comme gouverneur de l'île, il se proclame sultan.
Le 25 avril 1841, il signe un traité de cession de Mayotte sur laquelle il règne. Le commandant français Passot achète Mayotte à cet usurpateur contre une rente viagère personnelle de 1 000 piastres. La vente est entérinée par le roi de France, Louis-Philippe, en février 1843. Passot prend possession de l'île le 13 juin suivant. La population est alors de 3 000 habitants.

Le rapprochement franco-mahorais entraîne la perte du sultan dont la pension convertie en boissons alcoolisées accélère la disparition, mais établit une solide domination française qui repose sur la toute-puissance du « résident » et la possibilité d'utiliser les terres des indigènes si l'utilité publique l'exige. La prise de possession permet d'évincer les rivaux allemands et français.

L'administration coloniale met souvent l'accent sur les possibilités d'occupation des sols, compte tenu de la faible population. L'ordonnance de 1845 permet la mise en place d'une procédure d'appropriation, prévoyant la cession de terres incultes ou présumées telles à des planteurs en échange de leur mise en valeur. La contrainte incluse d'en laisser une part pour des cultures vivrières et de n'employer que des travailleurs libres est rarement respectée.

Sur la Grande Terre, la compagnie des Comores, à capitaux essentiellement nantais, obtient la concession d'une des plus riches vallées de Mayotte pour y cultiver la canne à sucre. Des colons réunionnais s'y installent, des ouvriers viennent d'Europe, des Mahorais sont réintégrés dans leurs biens. Le ravitaillement des colons est en grande partie assuré depuis Madagascar et la Réunion.

Les débuts de la colonie s'avèrent difficiles. L'île est insalubre. Une ordonnance royale du 9 décembre 1846 abolit l'esclavage mais le remplace par un engagement obligatoire de 5 ans au profit de la France, ce qui entraîne la fuite aussi bien des esclaves que de leur propriétaires, tous se repliant dans le reste de l'archipel.

Ce n'est qu'à partir de 1858 que la population de l'île s'accroît par le retour des Mahorais émigrés dans les autres îles et la venue massive d'Anjouanais, de Grands Comoriens et d'Africains recrutés par les planteurs (11 731 habitants en 1 866).

En 1860, Mayotte compte 29 concessions totalisant 10 300 hectares soit 30 % de la Grande Terre mais peu d'entre elles sont mises en valeur. Le but des concessionnaires européens et réunionnais est de faire de Mayotte une île à sucre.

En 1855, Mayotte produit 285 tonnes de sucre. Dix usines sont en activité en 1860 et chacune produit en moyenne 220 tonnes de sucre. Les planteurs-concessionnaires sont attirés par la fertilité de la Grande Terre, son hydrographie, l'hospitalité de ses côtes, le nombre de ses rades, et sa situation générale sur la ligne de la Réunion à la mer Rouge.

L'histoire récente

Mayotte prend peu à peu de l'importance. En 1875, il y a près de 12 000 habitants sur les 65 000 de l'ensemble des Comores, et 18 000 vingt ans plus tard.
Pourtant, à la veille du protectorat français sur les Comores (1886-1887) les sucreries ne connaissent que des déboires. La baisse des prix du sucre, l'accroissement des charges des propriétaires, les fléchissement des rendements des terres, des calamités climatiques, comme le cyclone de 1898 déterminent une crise grave. Des domaines changent de mains, des usines ferment, les travailleurs désertent.

Après la crise de 1905, arrivent les grandes sociétés coloniales agro-industrielles, dont la société Comores Bambao créée en 1907. En 1908, Mayotte est rattachée aux autres Comores déjà sous protectorat. L'archipel est sous la responsabilité du gouvernement général de Madagascar, sans que soit supprimée l'autonomie administrative et financière. Mais l'acte du 25 juillet 1912 proclame colonie française l'ensemble comorien et ouvre la voie à l'assimilation de l'archipel par la Grande île. Le décret du 23 février 1914 réalise la complète absorption de la colonie des Comores pour en faire une simple province d'une colonie malgache sous un gouvernement indigène malgache. Les Comores sont alors soumises au travail forcé et subissent une destruction assez brutale de leur structures socio-politiques, ce qui explique en partie le soulèvement de 1915 en Grande Comore.

En 1945, la société Comores Bambao gère 6 000 hectares à Mayotte (25 % du sol cultivable). Devant la forte poussée démographique et de désir des populations de cultiver des produits vivriers, les dirigeants politiques réclament une réforme agraire. La Société doit alors vendre une partie de ses domaines. D'autres sociétés rivalisent avec la Bambao et surtout la Société des plantes à parfums de Madagascar. La citronnelle se répand lentement dans l'île. Le Cymbogopon citratus connaît une grande période jusqu'en 1935. La concurrence des Indes et de la Chine entraîne sa disparition vers 1970.

En même temps que la citronnelle, on cultive la vanille ; puis le sisal, par défibrage des feuilles de l'agave, servant à fabriquer cordes de marine, sacs et ficelles d'emballage. La concurrence des fibres synthétiques entraîne à son tour une chute rapide des cours et l'abandon du sisal. D'autres cultures, café, cacaoyer, cannelle, basilic violet, cocotier échouent. Lors de la consultation populaire du 22 décembre 1974, à Mayotte, 65 % des votants refusent l'indépendance tandis que dans les autres îles une quasi-unanimité s'exprime en sens inverse. Après quelques hésitations, les autorités françaises décident par la loi du 3 juillet 1975 que Mayotte pourra rester dans le giron de la République si elle le souhaite. Malgré l'indépendance des autres îles comoriennes, proclamées unilatéralement le 6 juillet 1975, Mayotte reste française. Mais Paris n'a pas renoncé à convaincre les Mahorais de se rallier à l'État comorien. Le 8 février 1976, la population mahoraise est invitée à se prononcer sur une réintégration aux Comores : ce que refusent la quasi-unanimité des votants qui tiennent à bénéficier des nombreux avantages accordés par la métropole.

Après le référendum de 1976 où les Mahorais rappellent leur voeu de rester Français, la France érige l'île en « collectivité territoriale », qui n'est ni un DOM ni un TOM mais compte un statut hybride qui lui donne une forme quasi départementale (préfet, Conseil général, communes?) mais où les lois ne s'appliquent que sur « mention expresse ». Mayotte fait partie de ces petits territoires encore français dans le monde, les « confettis de l'empire »...

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PERIODE TROUBLE QUI A PROCEDE LE REFERENDUM.

Rencontre avec Abdourraquib OUSSENI

Extrait de « Jana na Leo » N°6 – 1988

JNL : Monsieur le Procureur, vous avez été un des cosignataires de la proposition faite en 1958 tendant au choix d'un statut de département pour Mayotte. Comment se fait-il que vous ayez changé d'avis par la suite?
ABD.O.: En 1958, j'étais conseiller général de Mayotte et j'ai effectivement milité dans le sens de la départementalisation. Il faut dire qu'à l'époque tout le monde faisait partie de l'UDIM (l’Union pour la Défense des Intérêts de Mayotte) mais après, on avait tous abandonné cette idée.

JNL: Pour quelles raisons selon vous ?
ABD.O: Régulièrement, des ministres passaient en faisant des discours décourageants. Jacques SOUSTELLE qui était alors Ministre des DOM?TOM soutenait que les statuts de Département ou de Territoire garantissaient tous les deux l'appartenance à la France et que de ce fait, il n'y avait pas de raisons de faire des surenchères. Le projet était très mal vu en haut? lieu. Ensuite, nous avions presque tous des responsabilités au niveau du gouvernement comorien. Même Marcel HENRY était Ministre en ce temps là.
Remarquez aussi que les femmes n'ont commencé à manifester qu'à partir de 1965, après le transfert de la capitale et des services des finances.

JNL: Combien de temps avez-vous occupé pour la première fois le poste de chef de la subdivision de Mayotte (Préfet) ?
ABD.O: J'ai occupé ce poste pendant près de deux ans, d'août 1966 à juillet 1968. j'ai remplacé Monsieur ABION qui n'est resté que six mois sur place.

JNL: Après l'affaire de l'ORTF, on a dit que vous ne vouliez pas emprisonner des femmes mais plutôt des hommes. Et pourtant vous avez eu fort à faire avec elles pendant toute la durée de votre mandat ?
ABD.O: C'est vrai que je ne voulais pas que ce soit des femmes parce que ça ne s'était jamais vu ici. Mais elles voulaient assumer leurs responsabilités.

JNL: A qui aviez-vous pensé dans le cas contraire ?
ABD.O: A personne ! Cette décision ne m'appartenait pas. C'était au tribunal de faire condamner les responsables de la manifestation. Celui-ci avait décidé d'emprisonner SOUFFOU SABILI, SAID TOUMBOU et SILAHI MTROUMA, le second de ZENA MDERE après BWENI MTITTI (on l'appelait ainsi parce qu'il s'était trop mêlé avec les femmes).

JNL: Justement, celles-ci affirment que c'est après l'épisode de Combani où vous avez ordonné à la milice (le lancer des grenades lacrymogènes pour les disperser que votre côte a commencé à baisser à Mayotte.
ABD.O: Le Mouvement avait prévu un MAOULIDA CHENGUE dans le village or les habitants de Combani ne voulaient pas. Donc pour éviter qu'il y ait des incidents, nous avons dépêché sur place' la milice, le peloton de gendarmerie de Mayotte et celui de Grande-Comore Il y avait aussi une section de la légion mais elle n'a pas pris part à la dispersion des manifestants. Il est vrai qu'il y a ?eu jet de grenade mais c'est seulement lorsque. les gens se sont enfuis que certains ont été blessés. Un gendarme a été touché aussi au bras. En réalité, j'ai été affecté ailleurs même pas un mois plus tard. Je n'ai donc pu vérifier sur place si l'estime ?qu'on. me portait avait effectivement diminué ou pas.

JNL: Certains témoignages indiquent' qu'on a préféré vous écarter du poste de Préfet en 1968 parce que vous étiez docile envers les manifestantes. Qu'en pensez-vous ?
ABD.O: C'est faux. En 1968, Saïd Mohamed CHEIK avait formé un nouveau gouvernement. J'ai été nommé ministre de l'agriculture. Je fus donc obligé de rentrer à Moroni. C'est ABDOULKARIM, un anjouanais originaire de OUANI, qui m'a remplacé.

JNL: C'est un fait notoire que ce dernier n'a laissé un bon souvenir à personne à Mayotte. Pensez-vous qu'il ait été envoyé ici, dans le but de mater la population.
ABD.O: Le problème avec ABDOUL, KARIM, c'est qu'il n'avait pas trop d'alliances, de contacts avec les Mahorais. C'est pour cela qu'on ne l'aimait pas. Il faut dire qu'à chaque fois qu'il y avait une accalmie dans l'île, les membres du Mouvement essayaient toujours de trouver un moyen pour se faire entendre. Par exemple en faisant des manifestations qui étaient très importantes par la mobilisation à laquelle elles donnaient lieu.

JNL:. Vous souvenez-vous. de la fusillade qui a eu lieu le 14 octobre 1969 à la jetée de Mamoudzou ?
ABD.0: je. me trouvais à Moroni au moment des événements mais je suis arrivé le même jour à Mayotte. Il paraîtrait que la garde avait jeté des grenades lacrymogènes et des grenades offensives pour disperser les manifestants. J'ai d'ailleurs croisé les blessés à l'aéroport. Je descendais de l'avion, quand eux se faisaient évacuer vers Moroni. Il y avait bien huit à dix blessés graves, même parmi les forces de l'ordre. lis étaient tous anjouanais, sauf ZAKIA. qui faisait partie du Mouvement. Après l'incident, toute la population est descendue à Mamoudzou.

JNL: Que s'est-il passé ensuite?
ABD.0: ABDOULKARIM est parti le même jour et on ne l'a plus revu. Comme je me trouvais par hasard à Mayotte, on m'a demandé d'assurer l'intérim. Après quinze jours, c'est ALI BACO qui est venu prendre la relève. Les gens sont restés près de 24 heures sur place, ce n'est qu'avec l'arrivée du peloton de la gendarmerie de Pamandzi et de Moroni qu'ils sont partis. C'est par la suite que les choses se sont gâtées entre sorodats et serrés-la-main.

Propos recueillis par ZAIDOU BAMANA

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L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE À MAYOTTE ...

«L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE À MAYOTTE ...
UNE MESURE INDISPENSABLE ET URGENTE»

Dans les colonies françaises au XVIllè siècle, la traite, tant royale que «particulière», est réglementée. Prohibée en 1794 sous la Convention, de nouveau autorisée par Bonaparte en 1802, elle entre cependant dans le siècle qui verra son extinction. La répression de la traite se durcit avec la monarchie de juillet : la loi du 4 mars 1831 prévoit, outre la confiscation du navire et de sa cargaison, de fortes peines de réclusion et de travaux forcés pour les ambassadeurs de la traite, laquelle n' est plus considérée comme un délit mais comme un crime.

Lorsque la France prend possession de l'île de Mayotte en 1841, la traite et l'esclavage constituent pour le pouvoir central un sérieux casse-tête. Dans son rapport au roi de septembre 1846, le ministre de la marine et des colonies, Mackau, envisage :

«La nécessité de mettre notre nouvelle possession, dès son origine, tout à fait en dehors du régime social qui faut aujourd'hui à nos anciens établissements coloniaux une situation critique et si difficile à gérer ".

«L'abolition complète et immédiate de l'esclavage à mayotte me paraît donc une mesure indispensable et urgente».

L'ORDONNANCE ROYALE DU 9 DÉCEMBRE 1846

L'introduction des esclaves est, dès l'occupation de Mayotte par la France, interdite en vertu des lois prohibitives de la traite des noirs. Toutefois, de nombreux esclaves se trouvent déjà sur l'île dont les propriétaires proviennent des précédentes vagues de peuplement.
Le rachat de ces esclaves, de leur liberté, est l'objet .principal de l'ordonnance du roi Louis-Philippe en date du 9 décembre 1846. Le document constitue pour Mayotte le texte officiel qui proclame la liberté des esclaves et, partant, l'abolition de l'esclavage.. L'ordonnance est promulguée sur l'île le 1er juillet 1847 par le commandant supérieur Passot.

LE CONTRAT D'ENGAGEMENT

« Il y a malheureusement dans l'ordonnance royale du 9 décembre 1846 une clause attachée à la libération du noir, et que celui-ci ne comprend pas très bien ; c'est celle de l'engagement de cinq années au profit de l'Etat. Cet engagement, aux yeux de la majorité des captifs, c'est la continuation de l'esclavage ».

Passot. Rapport de la séance du 6 juillet 1847.

Le commandant Passot vers 1850.

VIGILANCE ET INTERVENTIONS BRITANNIQUES

La lutte contre la traite poussa, à plusieurs reprises le Foreign Office, via la station du Cap à instruire le gouvernement français des abus auxquels donnaient lieu les opérations de recrutement dans le Canal du Mozambique. C'est l'objet du courrier qu'adresse le Ministre des Affaires Étrangères, Broglie, au commandant supérieur de Mayotte, le 10 juin 1870.
L'activité des stationnaires britanniques et celle des conseils à Anjouan et à Zanzibar ne fut pas moins sévère contre les négriers locaux dont les boutres furent à maintes reprises torpillés à vide..

Annexe : texte de la déclaration d'abolition de l'esclavage de 1848

Sources : "L'abolition de l'esclavage à Mayotte" - Service des Archives de Mayotte -1998

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LES INVASIONS MALGACHES...

Le 25 avril 1841 le sultan de Mayotte Andriantsoli signait le traité du rattachement à la France. La mention de cet événement est dans tous les manuels d'histoire, mais ce que l'on connaît moins, c'est pourquoi ce Roi Sakalave était devenu Roi de Mayotte. il faut donc pour cela empiéter sur l'histoire de Madagascar et remonter trente ans dans le passé de la Grande Ile.

Le roi Malgache Radama commença à régner en 1810 à la mort de son père Andrianampoinimerina. Doué de talents militaires indéniables il entreprit systématiquement la conquête des tribus qui n'étaient pas encore soumises. ?Ses expéditions furent célèbres.
En ce temps là, et après une occupation malheureuse de Fort Dauphin qui ne dura que 32 ans, la France ne possédait sur la côte orientale de l'île que des comptoirs de traite. Seule, une petite garnison s'était installée sur l'île Sainte Marie après que le chef Ratsimilaho et sa fille la Reine Bety eussent cédé solennellement en 1750 leur île à la France.
En 1811, après la prise de Bourbon et de Maurice par les Anglais, ceux-ci vont jouer un rôle déterminant sur la politique expansionniste de Radama. Par l'entremise de leurs agents Tesage et Hastie, ils vont l'aider à étendre sa domination.
En 1820 commencèrent les grandes expéditions contre les Sakalaves. Les premières attaques furent un désastre pour les Hovas : 30 000 hommes périrent de la fièvre et de la famine. Mais Radama y puisa des leçons utiles. A sa troisième expédition, il soumit le Menabe et prit une princesse Sakalave parmi ses épouses. En 1822 Radama s'attaqua à la côte Est, en 1823 aux, Sihanaka puis à Mananjary et en 1825 à Fort Dauphin. Mais tout en dirigeant ses efforts sur les provinces où étaient établis des français, Radama ne perdait pas de vue les Sakalaves du Nord. A la mort de Tsimaloma, Roi de Boueni, Andriantsoli avait été reconnu Roi en juillet 1822. Fils de Osa, Andriantsoli s'était fait musulman et avait pris pour cela le nom de Soli (converti).
En 1822, dans le même temps que Radama envahissait le Ménabe, l'anglais Nourse s'était présenté à Majunga et avait demandé à Andriantsoli de rester en paix avec les Hovas. Celui-ci acceptant, il lui avait remis un pavillon qui était le signe de l'union et qu'il devait arborer. Cédant aux suggestions de l'anglais, il envoya à Tananarive une délégation conduite par les chefs Mangatsa et Toumani Ben Mari pour complimenter Radama. Arrivés à Tananarive ils furent étonnés d'apprendre que le pavillon qu'ils déployaient était celui de Radama et qu'ainsi ils faisaient leur soumission. Vexés, ils interrogèrent le Roi qui leur répondit qu'il désirait être reconnu comme souverain par Andriantsoli ou sinon que celui-ci se prépare à la guerre.
Au printemps de 1824, Radama n'ayant obtenu aucune réponse favorable, il se dirigea vers le Nord avec son armée. A l'approche dés Hovas, Andriantsoli quitta Mahitsampanjava et se retira au milieu des palétuviers à Nosikibondro. Puis il passa le fleuve à Ankaboka. Pendant ce temps, les troupes de Radama se dirigeaient vers Majunga où commandait la chef Antalaoha Hussein.

A Ambondro, Hussein refusa de reconnaître Radama comme son souverain ; il fut mis à mort surplace le 2 juillet 1824. L'armée continue vers Majunga où elle entra sans coup férir, les antalaola, les arabes et les indiens ne demandant que la tranquillité nécessaire à leur commerce. Il n'y eut de mécontents que les marchands d'esclaves car leur trafic était officiellement interdit. A ce moment, Radama expédia deux armées dans le pays.
La première s'avança au Nord vers Marofotoha où commandait le chef Tsoara qui fut tué. L'armée opérant dans le Sud était commandée par l'anglais Robin.
Ils traversèrent la Betsiboka en boutres et attaquèrent et tuèrent Tifindraza. Andriantsoli se rendit alors. Il fut mis en résidence surveillée du côté de Marovoay en conservant son titre de Roi. La conquête du Bouéni terminée Padama fit un grand kabary "la guerre est finie dit-il, déposez vos sagaies et vos fusils et cultivez le sol. Sinon vous serez sans père ni mère car les joncs poussent de la terre et l'or et l'argent ne tombent pas du ciel". Puis il quitta le pays.

En 1825, les événements se gâtèrent et les Sakalaves n'acceptaient plus la présence des troupes Hovas. Plusieurs garnisons furent égorgées et Andriantsoli engageait la population à secouer le joug. Les insurgés se portèrent sur Majunga où commandait le général Ramanetaka. L'attaque échoua et Andriantsoli s'enfuit vers le Nord, à Amorontsangana. Malgré une résistance opiniâtre il ne put contenir les troupes Hovas. Le 13 avril 1826 il s'était replié sur Karakajoro et il apprit que Ramanetaka l'attaquait par la mer. Il prit un boutre et s'enfuit vers Mayotte. Mais poussé par le vent il aborda à Zanzibar où il resta. En juillet 1028, Radama mourut. Lorsqu'il apprit sa mort Andriantsoli revint à Madagascar et sa sœur Ouantitsy lui remit le pouvoir. Il s'installa à Amorotsangana et reprit les hostilités. La nouvelle Reine des Hovas Ranavabona consolida son autorité en faisant assassiner les compétiteurs éventuels. Ramanetaka, Gouverneur de Majunga et cousin de feu Radama comprit le sort qui l'attendait. Il s'embarqua sur des boutres arabes avec ses esclaves et quelques fidèles et se réfugia à Anjouan. Nous le reverrons plus tard Sultan de Mohéli. Une armée Hova de 7000 hommes se dirigea sur Amorotsangana. Les deux armées se rencontrèrent dans la plaine de Pereny le 30 août. On se battit avec acharnement et le général Sakalave Roussi fut tué et son second Tofotsy eut la jambe fracassée. Les Sakalaves se débandèrent et devant ce désastre Andriantsoli prit la fuite et se terra dans les bois. Les Hovas ravagèrent tout le pays. Fatigués de la guerre, les Sakalaves prirent Ouantitsy comme Reine et Andriantsoli s'expatria encore une fois et partit pour Mayotte le 15 juillet 1023, définitivement. La guerre n'en finit pas pour autant et il fallut attendre 1840 date à laquelle la Reine du Bouéni, Tsiomeko et le Roi des Antankara, Tsimiharo passèrent une convention de protection avec la France.

ULYSSE
SOURCES : Tantara my Andriana, Documents Amico.

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DONNEES DEMOLINGUISTIQUES...

La population, qui est estimée à 170 000 habitants, représente un certain brassage ethnique. En effet, la population est composée de Mahorais, l’ethnie principale, ainsi que d’Indiens, de Noirs africains, de Malgaches, de métis et de Blancs appelés M'Zungu (sing.) et Wazungu (plur.). Les Mahorais de Mayotte parlent le mahorais appelé shimaoré dans une proportion de 61 %, mais aussi la variété linguistique de la Grande-Comore, le grand-comorien ou shingazidja; celle de Mohéli, le mohélien ou shimwali; et celle d’Anjouan, l’anjouanais ou shindzuani; ce sont toutes des langues comoriennes dérivées du swahili appartenant à la famille bantoue; d’ailleurs, la plupart des langues parlées dans le sud de l’Afrique appartiennent à cette même famille.

Les langues comoriennes appartiennent au sous-groupe du bantou oriental, lequel comprend également le swahili. Le foyer originel des langues de ce groupe serait situé au Kenya; par la suite, chacune d’elles évolua différemment au gré des mouvements migratoires entre le continent et les îles comoriennes. À partir de la colonisation française, les langues comoriennes et le swahili se sont différenciés progressivement au point où l’intercompréhension est devenue difficile. Les Mahorais scolarisés ont le français comme langue seconde.

Les Malgaches forment la minorité la plus importante; ils parlent le malgache sakalava (26 %) ou le malgache antalaotsi comme langue maternelle et généralement le mahorais ou le français comme langue seconde; le malgache fait partie des langues de la famille austronésienne.

Quant aux Indiens, ils constituent une minorité musulmane shiite de rite ismaélien et parlent entre eux le goujarati, une langue indo-iranienne (famille indo-européenne). Pour leur part, les Noirs africains utilisent le swahili (2 %), mais connaissent aussi le mahorais, parfois le français.

Les Blancs ou Wazungu ne connaissent généralement que le français (1,6 %). On compte aussi une toute petite minorité de Métis créolophones descendant des Noirs ou des Blancs originaires de l’archipel des Mascareignes (île Maurice, île Rodrigues et île de La Réunion). On estime que 35 % des insulaires parlent le français comme langue seconde.

La très grande majorité des habitants de l’île pratique l’islam animiste (97,1 %); il ne reste que 2,9 % de chrétiens (Blancs et Métis). En raison de l’importance de l’islam, Mayotte possède deux systèmes de lois dont l’un est en français, l’autre en arabe classique: d’une part, le droit pénal français et, d’autre part, le droit comorien traditionnel islamique qui comprend le droit foncier et le droit civil. Ce sont les cadis, des juges musulmans exerçant des fonctions civiles et religieuses, qui appliquent le droit comorien. Les citoyens de Mayotte peuvent choisir le droit commun français, mais en ce cas ils doivent renoncer à la polygamie autorisée par le droit comorien. En 2003 a été votée une loi qui interdira à terme la pratique de la polygamie.

On compte deux villes importantes à Mayotte: la capitale, Mamoudzou, avec 31 000 habitants dans la Grande-Terre, et Dzaoudzi avec 19 000 habitants dans la Petite-Terre (recensement 2002 de Mayotte).

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ORIGINES DES MAHORAIS...

LE CANAL DE MOZAMBIQUE SENTIER DES BOURLINGUEURS

" MAHORAIS" UNE APPELLATION NEBULEUSE

C'est l'ethnologue américain Jon Breslar qui l'affirme dans une étude réalisée en 1978 intitulée : Une perspective ethnologique . Je cite:« Mahorais » est une appellation nébuleuse et composée qui, selon le contexte, peut signifier ou non la fusion de plusieurs groupes raciaux, culturels et linguistiques... Ce diagramme, (qui) comprend les peuples de trois catégories raciales (africaine, asiatique, et méditerranéenne) et trois familles linguistiques (bantu, sémitique et malayo-polynésienne)... Les crochets (NDLR : guillemets), par exemple, indiquent que les premiers Mahorais étaient distincts du point de vue ethnique des émigrés shiraziens et africains. Quelques siècles plus tard (sinon plus tôt) ils sont tous devenus « Mahorais ", par contraste avec les envahisseurs malgaches. Lorsque les Français annexèrent Mayotte, toutes les populations ci-dessus étaient mahoraises, par contraste avec la population européenne ".
Mais à quels groupes ethniques appartenaient ces premiers Mahorais distincts, nous dit-on, des Shiraziens et des Africains ?

DES THEORIES QUI NE FONT PAS L'UNANIMITE

Tenter de retrouver les caractéristiques raciales et linguistiques des premiers occupants de Mayotte dans le but de préserver la mémoire, est une entreprise plutôt aléatoire, compte tenu de la véritable mosaïque de peuplades qui se sont croisées, rencontrées, affrontées et métissées dans le canal de Mozambique, antérieurement au IXè siècle, et aussi parce que les sources écrites sont rares. La tradition orale qui tient une place prépondérante dans toute quête identitaire, n'est cependant pas entièrement fiable, la mémoire humaine étant infaillible et, de plus, un siècle ou deux plus tard, elle a de fortes chances d'être sélective.
D'autant plus que les hypothèses contradictoires et les opinions radicales de certains historiens, par le passé, n'ont fait qu'entretenir la confusion. Certains réfutent ce qu'ils affirmaient péremptoirement il y a quelques années. D'autres sont contestés aujourd'hui par leurs confrères qui se réfèrent à d'autres découvertes. Les quelques exemples qui suivent en sont l'illustration:
- L'hypothèse de l'arrivée des premiers locuteurs malgaches dans l'île, seulement au début du XVIè siècle, est battue en brèche :
De récentes études réfutent la migration mythique à Mayotte, vers 1505, à partir du Boëny malgache, du prince sakalava Diva Mame accompagné de ses troupes. Selon la tradition, les nouveaux arrivants auraient débarqué dans une baie au sud-ouest de Mayotte, à laquelle ils donnèrent le nom de Bouéni, en souvenir de leur patrie. Ensuite, ils auraient fondé un village, qu'ils appelèrent Koilé.
Ce récit, rapporté par le procureur impérial Gevrey - premier Européen a avoir écrit un ouvrage sur l'archipel des Comores - dans Essai sur les Comores (1870), repose sur une tradition orale recueillie par le Cadi Omar Ben Aboubacar dans un
manuscrit rédigé en swahili. L'historien Jean-Claude Hébert le qualifie d'éminemment suspect (4) . Il y relève un certain nombre d'incohérences énumérées ci-dessous, propres, selon son analyse, à semer le doute sur la véracité des faits :
. La dénomination des migrants est un anachronisme car le terme ethnique « sakalava» n'apparaît que vers 1700.
. En outre il n'est pas certain que le mot diva soit d'origine malgache. Diva est le nom générique donné par les Indiens aux îles de l'océan Indien (Maldives, Laquedives), du mot sanscrit diva, « l'île ».
. L'historien s'étonne aussi du nom de Koilé, donné au village nouvellement fondé - dont il ne reste d'ailleurs aucune trace- le toponyme n'étant pas malgache mais africain. Il aurait été plus simple pour les immigrés, observe-t-il àjuste titre, de donner au village le même nom qu'à la baie. Si migration, il y a eu, les nouveaux arrivants n'étaient pas des Malgaches.
J.C. Hébert en déduit qu'il y aurait ici, semble-t-il, confusion dans la tradition et interférence entre la princesse Main Kwalé, soeur de Main Tsingo, à qui l'on attribue la fondation du village de Kwalé, près de la rivière du même nom (Nord-Est de l'île), et Diva Mamé, héros de l'épopée contestée.
Mais l'argument massue est que l'épopée de ce prince est ignorée des traditions sakalava.
Il semblerait donc que la tradition orale ait pris naissance de l'homophonie des deux baies, l'une à la côte malgache, l'autre sur le littoral sudouest de -Mayotte. Bwé étant un mot swahili signifiant « pierre » et ni étant la particule indiquant le locatif, Bwéni a le sens de « là où il y a des pierres » (ou des rochers).

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LES PREMIERS OCCUPANTS DE MAYOTTE...

A LA RENCONTRE DES PREMIERS OCCUPANTS DE MAYOTTE

IMPLANTATION DES MALGACHES DANS L'ILE

Si vous demandez aux jeunes Mahorais pourquoi certains dialectes de Madagascar ne sont utilisés qu'à Mayotte et non pas dans les trois autres îles de l'archipel, la réponse sera inévitablement « à cause des incursions de pirates Zana Malata». D'autres attribueront ce particularisme à l'arrivée d'Andriantsoly et de ses partisans à Mayotte.

Différents auteurs, et non des moindres, réfutent pourtant ces deux théories et s'opposent par la même occasion à la tradition commune des lettrés locaux qui ne voient dans les « Wabushi » que des immigrés récents. Ainsi Jean-Claude Hébert, l'historien bien connu des Mahorais, développe ainsi son argumentaire « Les Malata ces pirates malgaches venus razzier Mayotte ainsi que les autres îles Comores de 1792 à 1817, et venus pour l'essentiel de leurs troupes de la côte Est malgache, n'emmenaient pas de femmes avec eux et n'avaient nul désir de s'installer dans l'île... Ces pirates n'ont pu, en conséquence, laisser de traces manifestes. Ils n'en ont laissé ni à Anjouan, ni à la Grande Comores, et l'on voit mal pourquoi il en aurait été différemment à Mayotte. Même s'ils ont eu des enfants naturels sur place, ces derniers n'ont pas pu connaître leur père, et l'on ne comprendrait pas comment, dans de telles conditions ils auraient pu apprendre la langue shi-bushi. Il faut donc se rendre à l'évidence : il existait une population shi-bushi (sic) avant les invasions malgaches aux Comores et avant l'arrivée d'Andriantsoly. Peut-être même, ce dernier a-t-il choisi de se réfugier à Mayotte plutôt que dans l'une des trois autres îles parce qu'il savait y trouver des congénères malgaches capables de le bien accueillir, principalement dans le milieu antalaotsy ».
La même argumentation est valable, selon l'auteur, au sujet des partisans sakalava d'Andriantsoly qui ont dû prendre des femmes mahoraises en arrivant à Mayotte et se sont fondus dans la population en place. Leurs enfants n'ont pu, selon toute logique, former la population Mbushi.
On ne doit pas non plus oublier que les razzias malgaches -la tradition retient d'ailleurs qu'il s'agissait de Betsimisaraka et de métis portugais/sakalava concernaient aussi la Grande Comore et l'île d'Anjouan. Cette dernière est certainement celle qui en a le plus souffert. La grande cité de Domoni, ancienne capitale des sultans, était la clé de la côte orientale. Dans une position très forte c'est elle qui défendait Anjouan contre les incursions des guerriers malgaches. En cas d'alerte, dès que les pirogues de l'ennemi étaient en vue, les gens battaient le tambour de guerre. A ce signal: les bouviers et les bergers des environs venaient abriter leurs personnes et leurs troupeaux dans la vaste enceinte de la cité protectrice. Détruite en 1790, il ne reste plus de l'ancienne splendeur de Domoni que des mosquées en ruines et quelques nobles demeures délabrées.
En 1805, toujours à Anjouan, les pirates envahissent Iconi après des combats de plusieurs jours. Le fameux Karibangwe, un personnage entré dans la légende, extermine à lui seul trente-huit assaillants avant d'être tué à son tour. Les femmes de la ville, réfugiées sur le cratère voisin, se jettent du haut de la falaise dans la mer, pour ne pas être emmenées en esclavage.
A Mohéli, c'est l'histoire de la royauté qui est fortement liée à celle de Madagascar, parce que l'île a eu une dynastie régnante originaire de la Grande île. La tradition retient également que certains villages sont d'origine malgache. Et pourtant on ne trouve pas dans cette île de locuteurs malgachophones.
Après le décès survenu le 28 iuillet 1828 du roi de Madagascar, Radama 1er, les intrigues de cour évincèrent le prince Rakoto, neveu du défunt, au profit de la première femme de Radama qui prit le nom de Ranavalona. Cet événement fut suivi du massacre systématique de la parentèle du souverain défunt. L'un de ses cousins Ramanetaka parvint à échapper au carnage et on le retrouve occupant le trône du sultanat de Mohéli en 1833 et sous le nom de sultan Abderrahman à partir de 1835.
La tradition rapporte que quelques mois avant sa mort survenue en mars 1841, Ramanetaka fit reconnaître comme son successeur, sa première fille qui avait à la fois un prénom malgache malgache, Soudi, et un prénom arabe, Fatima. Djoumba, princesse Fatima inspira une littérature abondante du fait de son étonnante personnalité, perpétuellement tiraillée entre les influences fançaise et arabe. Un comportement étrange, aux dires de ses contemporains que d'aucuns n'hésitaient pas à qualifier de cas pathologique ou de duplicité. Pour d'autres ce n'était là que « sensiblerie capricieuse de femme ".

(Cf Jean Martin - Comores quatre îles...)

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REPARTITION LINGUISTIQUE DE MAYOTTE...

EPOQUE CONTEMPORAINE

Quel est le constat actuel sur cette division linguistique de Mayotte que Jon Breslar contestait il y a vingt ans? Afin de limiter tout risque d'interprétation erronée en voici les termes exacts :
«En s'appuyant sur l'hypothèse qu'on ne parle qu'un dialecte principal dans chaque village, Allibert formule une division linguistique de Mayotte et conclut que « les villages mayottais (c'est-à-dire ceux dans lesquels on parle le dialecte comorien) représentent 61% de la population et les villages malgaches 30% de la population. Qu'est ce qu'un « village mahorais » ou « malgache »? Que veulent dire ces pourcentages? Nos données indiquent, tout d'abord, que les villages de Mayotte, vus comme des entités séparées, dessinent une mosaïque linguistique qui peut se diviser en unités d'un seul ou de plusieurs dialectes.»
Plus avant l'ethnologue américain tout en reconnaissant l'hétérogénéité des villages mahorais, en attribue la cause non pas à une différentiation ethnique mais à l'appartenance ou non au même « kabila » ou au même « m'raba ». Il n'en demeure pas moins que pour des causes diverses qui peuvent être, par exemple, des mariages dans la même section d'un village, en vue de préserver l'unité familiale et ne pas encourager la séparation spatiale des miraba, ou tout simplement dans le souci de ne pas disloquer des parcelles de terres, ces motivations ont eu pour conséquence de renforcer les limites ethniques. Nous verrons plus loin que les fondateurs de certains villages composés d'ethnies différentes tenaient à délimiter, avant toute chose, le quartier assigné à chaque groupe. Ainsi à la fondation de M'tsangamboi (commune du nord de l'île) par un Grand Comorien et un Malgache, chacun des chefs s'établit avec sa famille aux extrémités opposées de la plage, créant deux voisinages dénommés Bushini «là où vivent les Malgaches» et Maorini, «là où vivent les Mahorais". Cet exemple n'est pas exhaustif : de nos jours les villages à dialecte malgache principal constituent l'exception et l'antalaotsi s'est réduit comme peau de chagrin puisqu'il n'est plus parlé qu'à Poroani et Ouangani.
Rappelons que, selon Breslar, dans deux tiers au moins des villages on parlait soit un dialecte bantou principal (mahorais, anjouanais, grand-comorien) soit un dialecte malgache, sakalava ou antalaotsi.
Dans la dernière partie de ce dossier une étude sera consacrée aux causes de l'érosion des parlers malgaches (shibushi). Aujourd'hui de très anciens villages malgaches sont encore disséminés tout au long des zones côtières. La majorité d'entre eux est entièrement malgachophone. En remontant du sud vers le nord, ce sont : Bambo-Est, M'Bouini, Passi-Kely, M'Ronabeja, Kani-Kely, Chirongui, Poroani, Ouangani, Chiconi, Sohoa, M'tsangarnouji, M'tsangadoua, Handrema.
La compréhension du shimaore dans ces villages typiquement malgaches, à défaut de sa pratique, devient une réalité, compte tenu du désenclavement opéré ces dernières années et de l'attraction de la zone urbaine chez les jeunes à la recherche d'emplois.
D'autres villages côtiers sont bilingues à dominante malgache : M'tsamoudou, Bambo-Ouest, Dapani, Kani-Bé, Mavingoni, M'Jago, Handrema. Majicavo Koropa, bilingue il y a quinze ans, avec une population anjouanaise et malgache et Majicavo Lamir autrefois bilingue (shimaore - shibushi) sont aujourd'hui presque entièrement de langue comorienne. Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte, les grands villages de M'tsapéré et Passamainty (Nyambo Titi), autrefois à majorité malgache (et même antalaotsi pour M'tsapéré) parlent majoritairement une langue comorienne de nos jours.
M'zouazia, village classé de langue shimaoré, était malgache et anjouanais entre 1905 et 1910. Le village de Pamandzi, en Petite Terre (l'ancien chef-lieu), a connu en une trentaine d'années un bouleversement spectaculaire. Ancien village malgache, classé comme utilisateur des quatre dialectes en 1978, il est aujourd'hui considéré comme village de langue comorienne. La langue malgache n'est plus utilisée que dans le quartier de Sandravangue par les personnes âgées.
Un particularisme mérite cependant d'être mentionné : c'est à Pamandzi (et surtout dans les quartiers de Mangafouté, Télécom, Cavani, Sandravangue, Jardin et Bandarabassi) que l'on dénombre le plus de familles francophones, jeunes enfants compris, sans distinction d'origine.

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LA SEPARATION ENTRE MAYOTTE ET LES COMORES

Rencontre avec Saïd Toumbou

Extrait de « Jana na Leo » N°6 – 1988

Saïd Toumbou, un des fondateurs du mouvement des "serrés la main" réagit face aux événements qui sont l'objet de ce dossier. Guidé d'une main de fer par son père, ce fils de cultivateur s'est d'abord frotté pendant son enfance, aux travaux des champs avant d'être recruté à l'âge de 17 ans comme BOURJANE (porteur de chaise). Le chef du village qui l'avait repéré depuis longtemps et catalogué comme étant un fauteur de troubles, une tête brûlée, l'avait recommandé au chef de district lequel cherchait à embaucher des hommes pour satisfaire aux besoins d'un colon. Pendant trois ans, il sillonnera MAYOTTE avec "le fitaco" sur les épaules.

En 1945, à l'âge de vingt ans, il est appelé sous les drapeaux sans qu'on lui ait demandé, encore une fois, son avis ! Après avoir reçu une convocation du même chef de district, aidé par son complice le chef du village de ACOUA, SAID TOUMBOU a embarqué le 18 mai 1946 pour MAJUNGA. Il y fera ses premiers pas en tant qu'engagé militaire.

Après six mois de dur labeur, il est nommé première classe. Très vite remarqué grâce à son dévouement et sa bravoure, il n'a pas tardé à accéder au grade de caporal dans le "bataillon comorien mixte de MADAGASCAR". Il était désormais bon pour aller au front. "Nommé au feu" en pleine Insurrection malgache (1947), il a participé à l'attaque de MARTANDRANOU dans le canton de MANDRI TSARA (le fief de TSIRANANA) où la moitié de ces coreligionnaires est tombée sous les coups des assaillants. Ces derniers ayant attendu de 8 heures à 12 heures pour obtenir la reddition du reste du bataillon. Les assiégés n'ont baissé les armes que lorsque l'ennemi a embrasé la maison qui leur servait de refuge. Brûlé dans l'incendie, SAID TOUMBOU, s'en tirera avec les honneurs dûs à ses blessures. Détaché du bataillon des tirailleurs sénégalais où on l'avait intégré entre-temps, il partira le 18 octobre 1950 à la REUNION avec le grade de sergent. Il passera sept ans à la Caserne Lambert où il arborera avec fierté la croix de guerre et la médaille militaire qu'on lui avait décernées après ses exploits dans la grande île.
En 1957, il profite d'une permission à MAYOTTE pour épouser MAMA BOINALI. De retour à l"fle BOURBON, il sera muté sur demande à TAMATAVE, dans le bataillon comorien, comme sergent chef.
Le 19 octobre 1967, après dix sept ans de carrière, le sous-officier SAID TOUMBOU reviendra à MAYOTTE où il verra sa carrière militaire stoppée par un concours de circonstance. En effet, c'est durant ces quatre mois de "congé libérable" que SOUFFOU SABILI l'a embarqué "manu militari" dans une aventure polit!que aux multiples re bondissements. Ainsi l'ancien bourjane devenu adjudant chef entrera dans l'arène politique presque malgré lui. Comme quoi, le destin d'un homme peut se jouer souvent sur un coup de dé. Ne dit il pas lui-même, à longueur de temps, que: "le hasard, parfois, fait son destin".

LA RENCONTRE AVEC SOUFFOU SABILI

"Après le congrès de TSOUNDZOU (1958) BOURRA RAMADANE a écrit à tous les compatriotes Mahorais qui résidaient à l'étranger pour leur demander de soutenir l'action de l'UDIM (union pour la défense des intérêts de MAYOTTE).
Dès que la lettre adressée à ceux qui étaient installés dans la région de TAMATAVE est parvenue à mon domicile, je l'ai portée à la connaissance de mes camarades en leur expliquant qu'un mouvement de solidarité venait d'être créé chez nous et qu'il était de notre devoir d'aider les notables à réussir leur projet.
Naturellement, nous avons tous approuvé l'idée de cotiser pour envoyer le vieux NAHOUDA plaider la cause mahoraise en Métropole. 20 000 F (CFA) ont été réuni que nous avons envoyé à MAYOTTE avec une lettre de soutien.
Très vite SOUFFOU SABILI, le secrétaire général du Mouvement nous a répondu en précisant dans sa lettre qu'il désirait me connaître personnellement.
La même année, je l'ai entrevu à MORONI lors de la présentation des personnalités de l'Archipel au Général DE GAULLE. Ce n'est qu'en 1960 que nous nous sommes rencontrés à DZAOUDZI.
Je me rendais, le dernier jour de ma permission, chez papa ABOUDOU MOULKANJI, l'un des principaux promoteurs de l'UDIM, lorsqu'il m'a stoppé sur le chemin.
Après un bref repas à son domicile, il m'a reconduit sur sa bicyclette à l'aéroport. Il m'a serré la main très fort en disant "à bientôt collègue!"

LE CONGRES DE CHICONI

Je suis revenu deux ans plus tard, le 19 février 1962, en congé libérable.
La population s'apprêtait à élire, dans les mois qui suivaient, les députés à l'assemblée Territoriale des Comores. Quelques jours après mon arrivée, un congrès a été organisé pour désigner les personnes qui iraient représenter MAYOTTE à l'assemblée.
Des négociations étaient menées qui devaient théoriquement aboutir à la présentation d'une liste unique pour l'ensemble de l'lie mais elles sont restées infructueuses. Certains - SOUFFOU SABILI et MARCEL HENRY en particulier- se sont même brouillés à l'issue du congrès.
En définitive, on s'est retrouvé avec trois listes concurrentes. Celle de MARCEL HENRY était composée de: ABDOURAKIB OUSSENI, ABAINE MADI DZOUDZOU et ABDALLAH HOUMADI. ROGER ROSSELIN en avait présenté une également. SAINDOU HAMZA et AHMED MANSOIB, le frère d'AHMED SOILIH, étaient avec SOUFFOU SABILI.
AHMED BOINAHERI avait promis son soutien à ce dernier, mais il s'est désisté pensant que MARCEL HENRY l'emporterait facilement. Il disait que l'équipe de SOUFFOU n'était pas très populaire. C'est devant son retrait que celui-ci est venu me proposer de figurer sur sa liste.
Il a débarqué chez moi à ACOUA en catastrophe dans la nuit. Il m'a demandé mon livret individuel et mes papiers de permission car les inscriptions allaient être closes très prochainement, disait–il.
Quelques jours plus tard on est venu me chercher d'urgence pour aller à DZAOUDZI. Là SOUFFOU et monsieur QUENON, le chef de la subdivision de MAYOTTE (adjoint HAMADA KELE allas AHMED SOILIHI) m'ont présenté les papiers à signer.

Le Préfet soutenait notre candidature.

Il m'a affirmé que tout était arrangé du côté de mon corps d'armée et que j'étais libre de me présenter pour les élections. De retour à ACOUA, un message n'est parvenu de la part de SOUFFOU. Il me demandait de commencer la campagne dans mon secteur

SEPARER MAYOTTE DES COMORES POUR UNE AUTONOMIE FINANCIERE

A l'époque, les gens n'étaient pas très évolués. Donc, il n'était pas nécessaire d'avoir un programme. La propagande consistait seulement à appeler les Mahorais à plébisciter notre liste car nous voulions défendre leurs intérêts. La population a été sensible à ce discours puisque nous avons largement gagné les élections. A la Chambre des Députés nous avons évoqué au tout début la départementalisation mais par la suite, notre action était surtout basée sur la séparation, En fait, nous demandions simplement que le gouvernement Français nous accorde notre autonomie financière. Que MAYOTTE soit détachée des COMORES de façon à pouvoir gérer son propre budget. D'ailleurs SOUFFOU SABILI fut le premier à préconiser l'indépendance de j'lie en association avec la France. Le départ de la Capitale et des Services des Finances avaient entraîné un vide qu'il fallait combler au plus vite car il n'y avait plus de travail sur place. La population s'est trouvée démunie du jour au lendemain. Pour pallier le manque, nous avions fait plusieurs propositions au Gouvernement Comorien -notamment d'installer un détachement de la marine nationale à DZAOUDZI- mais aucune n'a été retenue.
Sur le plan local, l'adversaire politique a exploité l'événement pour faire croire à la population que nous étions d'accord avec les décisions prises à l'encontre de MAYOTTE; or l'affaire a été conclue entre le gouvernement Français et SAID MOHAMED CHEIK sans qu'on ait pris au préalable la précaution de nous prévenir. A l'assemblée, nous n'étions même pas considérés comme des députés et le gouvernement de SAID MOHAMED CHEIK continuait de traiter MAYOTTE comme un parent pauvre.
Après le transfert des bureaux, nous avons fait remarquer à ce dernier qu'à force de spolier la population Mahoraise, il risquait de provoquer une rebellion dans l'lie mais il prenait ça à la légère.
Il disait qu'il avait des rapports avec papa SABILI (le père de SOUFFOU) et d'autres notables qui soutenaient que rien ne se passait de grave et qu'il ne fallait pas s'inquiéter.
Résultat, à sa première visite à MAYOTTE, les femmes l'on reçu avec des jets de pierre.
Après quoi il a décidé de ne plus remettre les pieds, de son vivant, à MAYOTTE.

LE SIEGE DE L'ORTF ET CE QUI S'ENSUIVIT

Plusieurs mois après, en février 67, je suis descendu à LABATTOIR pour toucher ma solde de député lorsque j'ai appris que les femmes occupaient la radio. Je me suis rendu sur place pour essayer, avec l'aide de SOUFFOU, de raisonner les manifestantes mais l'adversaire politique poussait toujours celles-ci à adopter une attitude intransigeante envers nous. Elles se sont dispersées cependant. Vers dix huit heures, on est venu me chercher pour me conduire chez SOUFFOU SABILI. Après la manifestation, le gouvernement comorien avait demandé que nous allions expliquer pourquoi on avait empêché la station de l'ORTF d'émettre mais la population ne voulait pas que nous partions pour MORONI. Nous étions prêts à nous rendre aux forces de l'ordre mais les habitants de PETITE TERRE étaient massés autour de la maison empêchant les gendarmes d'accéder à nous.
Aucune initiative ne nous était permise. Certaines personnes ont affirmé par la suite que les Mahorais avaient agi ainsi dans notre intérêt, soi-disant pour nous éviter la prison. En réalité nous étions séquestrés. Sous la pression de l'adversaire politique- qui voulait éviter qu'on renouvelle une deuxième fois notre mandat car nous étions sûrs d'être élus députés à vie : une fraction de la population a déclaré qu'elle n'était pas satisfaite de notre action aux COMORES. En conséquence, il n'était plus question de nous considérer comme les élus de MAYOTTE.
C'est cet incident qui a provoqué notre détention: Lorsque, nous nous sommes livrés, SOUFFOU SABILI a été condamné né à six mois de prison tandis que SILAHI et moi avons pris quatre mois.
Nous n'étions même pas considérés comme des prisonniers politiques. En fait, on nous assimilait à des détenus de droit commun.
Après sa libération, SOUFFOU m'a fait comprendre que chacun devait suivre sa route car nous étions déchus de nos droits.
Il a voulu s'expliquer devant la population Mahoraise mais on l'en a empêché.
Nos successeurs avaient profité de notre détention pour nous calomnier et s'attirer la confiance des Mahorais.

DU CONGRES DE OUANGANI A LA CRÉATION DU MOUVEMENT DES SERREZ-LA-MAIN.

D'ailleurs au congrès de OUANGANI, on a présenté de faux témoins qui ont contribué à salir la réputation de SOUFFOU. En l'accusant, notamment, de comploter avec les autorités comoriennes.
Quand il a vu qu'il ne pouvait plus occuper la place qui lui était réservée à MAYOTTE, il s'est rallié à SAID MOHAMED CHEIK et a repris ses anciennes habitudes de fonctionnaire comorien.
Après notre éviction de la scène politique mahoraise, nous avons adopté une attitude de stricte neutralité. Mais les nouveaux tenants du pouvoir nous dénigraient toujours. Ils nous taxaient "d'anti-mahorais".
J'ai décidé alors de lutter contre leurs allégations en créant le mouvement des serrés-la-main, partisans du rapprochement avec les Comores.
En 1971, AHMED ABDALLAH- président du Conseil du Gouvernement après la démission du Prince SAID IBRAHIM avait lancé un appel à la population des quatre Iles. Il demandait aux divers partis de se rallier à la nouvelle équipe en place pour reconstituer l'unité de l'archipel des Comores (UDZIMA). Il avait déclaré à plusieurs reprises qu'il condamnait la politique de dépossession qui avait été menée jusque là à MAYOTTE.
Je l'avais rencontré lors d'une visite aux Comores et il m'avait affirmé que ses prédécesseurs avaient incriminé notre île mais que lui au contraire s'engageait à rattraper le retard qu'avait pris MAYOTTE. Pour raffermir notre soutien à ABDALLAH, nous- avons choisi le nom de serrez-la-main qui était detesté parce qu'il présentait l'inconvénient pour les membres du Mouvement de rappeler un resserrement des liens entre DZAOUDZI et MORONI. Le MPM exécrait qu'on puisse parier à MAYOTTE de collaboration avec les COMORES. Il n'y avait pas de démocratie sur place. Un Serrez-la-main était considéré comme un traître alors n'importe quel membre du MPM avait le droit de le piller, l'insulter en publie ou le tabasser carrément. Aucun parti opposant n'était toléré. Ceux qui avaient des idées contraires aux tenants du pouvoir devaient vite se cantonner dans le silence car le chantage et l'intimidation étaient les arguments favoris des sorodats".

POUR QUE NOS PETITS FILS NE MEURENT PAS IGNORANTS!

Quoiqu'ils aient trouvé notre initiative 'fort intéressante", certaines personnes qui ont marqué de leur empreinte le Mouvement des Serrez-la-main ont re
fusé pour des raisons que nous ignorons de répondre à nos questions concernant cette période mouvementée de l'histoire de MA YO TTE.
- "C'était une bonne idée mais je renonce. Voyez plutÔt untel! Il était suffisamment impliqué dans ces affaires pour vous renseigner dans le détail." Malgré notre insistance auprès de ces éminents "Pasocos" (autre nom donné aux Serrez-la-main) dont la plupart étaient candidats à la députation aux élections de décembre 1972, nous avons été ainsi ballotés pendant plusieurs semaines entre la promesse formelle de collaborer et le refus catégorique. Cette démission soudaine était suivie d'une recommandation immédiate à un tiers qui ne manquait pas non plus derenvoyer l'ascenseur à un autre. Soucieux d'informer le lecteur, nous avons suivi le cheminement logique du "système de vases communicants" au risque de retarder la sortie du journal sans plus de succès. Nous voudrions cependant remercier ces 'fervents lecteurs" de nous avoir permis de faire la connaissance de Monsieur ATTOUMANI RIDAYI qui a spontanément accepté de porter son témoignage dans nos pages d’histoire afin dit-il : "que nos petits fils ne meurent pas ignorants".
Commerçant de sa profession, éleveur de volaille à temps perdu, Monsieur ATTOUMANI RIDAYI nous est apparu' dès l'abord comme un militant de base passionné : "j'ai toujours été un Serrez-la-main. Aujourd'hui encore je suis contre le statut de Département." Quoi de plus naturel en ce cas-là d'évoquer en toute simplicité -à l'inverse de ses chefs spirituels qui ont opté pour le silence- les temps forts du Mouvement qu'il soutenait.
Cependant, nous dit-il un rien surpris : "je m'étonne que vous vous adressiez à moi car je n'ai fait que suivre le courant sans connaître les tenants et les aboutissants."
Qu'à cela ne tienne, le plus important n'est-il pas d'avoir le courage de ses opinions et de s'exprimer en conséquence?
"Au temps de SAID MOHAMED CHEIK et de SAID IBRAHIM, il y avait déjà des Serrez-la-main mais ils n'étaient pas très nombreux. Ces derniers n'osaient même pas venir à MAYOTTE mais quand AHMED ABDALLAH a accédé au pouvoir, ça a commencé à changer. Personnellement, j'ai toujours été opposé aux idées des Sorodas. J'étais contre la départementalisation et en faveur de l'indépendance mais je ne militais pas encore. Je n'ai commencé à participer aux réunions des Serrez-la-main qu'en 1972 après que BOURRA MROUDJAE soit venu me demander de l'aider dans sa propagande. Au départ, je devais seulement soutenir sa candidature dans le village de TSINGONI, mais par la suite je le suivais dans tous ses déplacements. La première tournée que nous avons effectuée, c'était à. MZAMBORO. Les habitants ont refusé catégoriquement de nous laisser tenir une réunion dans le village. Ils voulaient même nous expulser mais MROUDJAE leur a expliqué qu'il venait seulement chercher son candidat ABDALLAH TOYIB. Celui-ci hésitait à nous rejoindre car il avait peur de la population. Il s'est présenté finalement et nous sommes partis sans avoir pu nous exprimer. Partout où nous nous déplacions, nous étions reçus de la même manière. Nos réunions étaient toujours perturbées. A KOUNGOU et BANDRELE, par exemple, on nous avait carrément jeté des pierres en signe de bienvenue. Le problème, c'est que nous nous rendions souvent dans un village parce que telle ou telle personne (un Serrez-la-main qui y habitait) nous demandait d'y aller or à l'époque personne ne voulait entendre parler à MAYOTTE d'indépendance. N'empêche qu'avec ces nombreuses tournées, les gens ont commencé petit-à-petit à prêter une oreille attentive à ce qu'on disait. Ils étaient de jours en jours plus nombreux et nous suivre dans nos déplacements. Nous avions la chance d'être aidés matériellement par Ahmed SOULIH, ABDOURAQUIB et SAID KAFE qui mettaient spontanément des voitures à notre disposition. Il y a eu à un certain moment un froid entre ces personnalités et l'équipe de MROUDJAE car ils lui reprochaient de choisir ses candidats uniquement parmi les villageois. En fait ils voulaient pour constituer la liste des Serrez-la-main que MROUDJAE présente des gens à eux tels que SAINDOU HAMZA et consorts. Malgré cela, ils soutenaient toujours notre action.
La propagande consistait à amener la population à voter pour la liste de BOURRA MROUDJAE afin que lui et ses
compagnons ABDALLAH TOYIB, MISTOIHI DARMI et YOUSSOUF SAID aillent demander, comme tous les autres
Députés Comoriens, à la FRANCE d'accorder l'indépendance (UHURU) aux quatre îles. C'était là notre objectif : être indépendant mais dans le cadre d'un statut fédéral et en collaboration avec la FRANCE. Nous essayions d'expliquer aux gens qu'avec .l'indépendance nous formerions un Etat qui serait reconnu dans le monde entier. Que notre pays serait représenté à l'extérieur par des ambassadeurs. BOURA MROUDJAE disait que le plus important pour les Mahorais étaient de pouvoir enfin conduire leurs propres affaires et assumer leurs entières responsabilités sans être colonisés. c'est dans le canton de TSINGONI que nous avions recueilli le plus de voix. Tous les habitants de COMBANI avaient voté pour MROUDJAE. A POROANI et KANI beaucoup de personnes avaient voté également en notre faveur.
Après les élections, notre Mouvement avait perdu un peu de poids. Non seulement nous avions perdu mais en plus nos adversaires nous avaient formellement interdits de nous réunir. il faut les juger disaient-ils ! Comme si nous étions des repris de justice. Selon eux en choisissant de soutenir l'action d'AHMED ABDALLAH et par la même occasion la perspective de l'indépendance pour MAYOTTE nous nous étions rendus coupables d'un forfait vis-à-vis de la communauté mahoraise. Donc pour réparer notre faute ils ,avaient trouver un moyen inb1lIible pour nous faire payer
us exclure de la société. Les résailles se présentaient sous diverses formes. Cela pouvait plier de l'amende qui pouvait atteindre jusqu'à 100 F- comme le Mouvement Populaire Mahorais n'était pas soutenu par l'administration en place, cet gent servait à renflouer les caisses des sections villageoises. Il leur permettait de louer des voitures pour assurer leur déplacement lors des congrès ou alors ils achetaient du riz et de la viande pour préparer un "festin" lors des visites ministérielles- au boycott des commerces, des fêtes religieuses ou populaires. Les plus récalcitrants, ceux qui refusaient de 'payer l'amende, étaient reniés. On ne leur adressait même pas la parole. Personnellement, j'ai versé 100 F pour ma réhabilitation et celle de ma femme ,mais ça n'a pas empêché que ma boutique soit boudée pendant près de quatre mois. Personne ne venait acheter chez moi. Pas plus les Sorodas que les Serrezla-main car ils avaient peur de subir la même répression.
Plus tard, les réunions ont repris. BOURRA MROUDJAE et SOUFFOU SAID avaient tenu un meeting chez'BOURRA RAMADANE à MAMOUDZOU où ils nous demandaient de reprendre la lutte et de continuer dans la voie que nous nous étions tracée.
Quand des Ministres venaient à MAYOTTE, ils nous disaient d'aller les accueillir. De même lorsque AHMED ABDALLAH était en visite nous étions chargés de le suivre dans ses tournées. Nous avons continué de la sorte jusqu'au moment de la séparation des Comores!'
Pro-indépendantiste et pro-comorien. C'est en ces termes qu'on qualifiait le Mouvement des Serrez-la-main. Ce qu'on oublie généralement, c'est qu'il y avait deux tendances au sein de cette mouvance anti-colonialiste. En effet, si l'accession à l'indépendance était un objectif commun, en revanche la position des uns et des autres divergeait quant à savoir quelle attitude adopter vis-à-vis des autres îles voisines dans le cas probable où MAYOTTE ferait partie d'une République Comorienne au même titre que ANJOUAN, MOHELI et la GRANDE-COMORE.
BOURRA MROUDJAE, le leader. de la tendance modérée, souhaitait conserver une certaine autonomie par rapport aux trois autres îles de l'Archipel de façon à ce que les Mahorais puissent gérer leurs propres affaires sans être à la merci des Anjouanais et Comoriens.
Ceux-ci étaient favorables au statut du type fédéral préconisé, par Monsieur BERNARD STASI, Ministre des DOMTOM dont l'avantage était de préserver la personnalité de chaque île.
A l'opposé, les radicaux voulaient cadrer directement leur politique en fonction des aspirations du gouvernement comorien soit : l'indépendance totale et globale sans aucune concession autre que le régionalisme cher à AHMED ABDALLAH. Cette position était celle du clan des amis d'AHMED SOILIHI dont l'entêtement s'expliquait en raison de leur attachement indéfectible aux autorités de MORONI.
D'un côté on refuserait de s'aligner sur les directives du gouvernement comorien, de l'autre on se soumettrait entièrement à celles-ci. L'on manqua de peu la rupture. Mais la FRANCE étant d'accord avec le principe de l'indépendance, les divergences de principe n'avaient plus de raison d'être. De plus, le climat de "guerre civile" - qui régnait à MAYOTTE a rapproché les deux tendances pour n'en former finalement qu'une. le dénigrement des membres du Mouvement Populaire Mahorais (Sorodas résolument départementalistes) à l'égard des Serrez-la-main aidant, ceux-ci ont été contraints de resserrer leurs liens afin "de faire avancer des idées communes à savoir, créer un "esprit de réconciliation" à MAYOTTE et constituer une union durable pour faire face à la période post-coloniale. Cet optimisme qui était teinté d'un mépris certain pour les Sorodas (déboutés dans leurs revendications notamment après la déclaration commune du 15 juin 1973 par le Ministre Français des DOM-TOM Monsieur BERNARD STASI et AHMED ABDALLAH Président du Conseil du Gouvernement - déclaration qui reconnaissait officiellement la vocation des Comores à l'indépendance et prévoyait que celle-ci prendrait effet dans un délai maximum de cinq ans-) allait provoquer la colère des partisans de la séparation des Comores dont la haine à l'égard des Serrez-la-main était à son point culminant. Celle-ci étant entretenue par les visites fréquentes de AHMED ABDALLAH qui soutenait ouvertement la coalition indépendantiste locale grâce à son appareil administratif et policier.

ZAIDOU BAMANA

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REPERES HISTORIQUES DE MAYOTTE

Traité de cession de Mayotte à la France Prise de possession française Mayotte, colonie sucrière Ordonnance royale portant sur l’abolition de l'esclavage à Mayotte Décret libérateur, abolition de l'esclavage Première école publique à Dzaoudzi L’archipel des Comores devient un protectorat français Archipel des Comores: Province de madagascar et dépendances les comores accèdent au statut de territoire d'outre-mer (tom) loi-cadre (deferre) instituant une assemblée territoriale le conseil du gouvernement des comores, doté autonomie interne, est créé par décret accords sur l’accession progressive à l'indépendance référendum'autodétermination (mayotte dit non 63,8 %) déclaration unilatérale nouvelle consultation mayotte souhaite demeurer sein la république française 99,4 statutaire (79,6 % en faveur départementalisation, solution proposée suffrage). devient collectivité caractère départemental proclamation visite premier ministre : jacques chirac intégration dans loi-programme relative développement dom édouard balladur décès zéna m’dére, co-fondatrice mouvement populaire mahorais signature principaux partis politiques “ de l’accord  l’avenir mayotte ” son édification départementale. institutionnel mayotte. va devenir départementale

Quelques dates historiques de Mayotte

25 avril 1841

Traité de cession de Mayotte à la France

13 juin 1843

Prise de possession française

1846-1886

Mayotte, colonie sucrière

9 décembre 1846

Ordonnance royale portant sur l’abolition de l'esclavage à Mayotte

27 avril 1848

Décret libérateur, abolition de l'esclavage

1864

Première école publique à Dzaoudzi

1886-1887

L’archipel des Comores devient un protectorat français

1908-1914

Archipel des Comores: Province de "Madagascar et Dépendances"

24 septembre 1946

Les Comores accèdent au statut de Territoire d'Outre-Mer (TOM)

juin 1956

Loi-cadre (Deferre) instituant une Assemblée territoriale

juillet 1957

Le Conseil du Gouvernement des Comores, doté d'une autonomie interne, est créé par décret

15 juin 1973

Accords sur l’accession progressive à l'indépendance

22 décembre 1974

Référendum d'autodétermination des Comores (Mayotte dit non à l'indépendance à 63,8 %)

6 juillet 1975

Déclaration unilatérale de l'indépendance des Comores

8 février 1976

Nouvelle consultation de Mayotte (Mayotte souhaite demeurer au sein de la République Française à 99,4 %)

11 avril 1976

Référendum statutaire (79,6 % en faveur de la départementalisation, solution non proposée au suffrage). Mayotte devient une Collectivité Territoriale à caractère départemental

24 décembre 1976

Proclamation unilatérale de l'indépendance des Comores

19 octobre 1986

Visite du Premier Ministre : Jacques Chirac

31 décembre 1986

Intégration de Mayotte dans la loi-programme relative au développement des DOM

24 novembre 1994

Visite du Premier Ministre : Édouard Balladur

28 Octobre 1999

Décès de Zéna M’DÉRE, co-fondatrice du Mouvement Populaire Mahorais

27 janvier 2000

Signature par les principaux partis politiques de Mayotte de l’accord sur l’avenir de Mayotte et sur son édification en Collectivité départementale.

2 juillet 2000

Consultation sur l’avenir institutionnel de Mayotte. Mayotte va devenir une Collectivité départementale

11 juillet 2001

Mayotte devient Collectivité Départementale

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