Mayotte devient française

En 1832, Adrian Souli, roitelet malgache, quitte Madagascar et se réfugie à Mayotte auprès du sultan. Il s'empare bientôt de l'île entière. Mis en place par les troupes anjouanaises comme gouverneur de l'île, il se proclame sultan.
Le 25 avril 1841, il signe un traité de cession de Mayotte sur laquelle il règne. Le commandant français Passot achète Mayotte à cet usurpateur contre une rente viagère personnelle de 1 000 piastres. La vente est entérinée par le roi de France, Louis-Philippe, en février 1843. Passot prend possession de l'île le 13 juin suivant. La population est alors de 3 000 habitants.

Le rapprochement franco-mahorais entraîne la perte du sultan dont la pension convertie en boissons alcoolisées accélère la disparition, mais établit une solide domination française qui repose sur la toute-puissance du « résident » et la possibilité d'utiliser les terres des indigènes si l'utilité publique l'exige. La prise de possession permet d'évincer les rivaux allemands et français.

L'administration coloniale met souvent l'accent sur les possibilités d'occupation des sols, compte tenu de la faible population. L'ordonnance de 1845 permet la mise en place d'une procédure d'appropriation, prévoyant la cession de terres incultes ou présumées telles à des planteurs en échange de leur mise en valeur. La contrainte incluse d'en laisser une part pour des cultures vivrières et de n'employer que des travailleurs libres est rarement respectée.

Sur la Grande Terre, la compagnie des Comores, à capitaux essentiellement nantais, obtient la concession d'une des plus riches vallées de Mayotte pour y cultiver la canne à sucre. Des colons réunionnais s'y installent, des ouvriers viennent d'Europe, des Mahorais sont réintégrés dans leurs biens. Le ravitaillement des colons est en grande partie assuré depuis Madagascar et la Réunion.

Les débuts de la colonie s'avèrent difficiles. L'île est insalubre. Une ordonnance royale du 9 décembre 1846 abolit l'esclavage mais le remplace par un engagement obligatoire de 5 ans au profit de la France, ce qui entraîne la fuite aussi bien des esclaves que de leur propriétaires, tous se repliant dans le reste de l'archipel.

Ce n'est qu'à partir de 1858 que la population de l'île s'accroît par le retour des Mahorais émigrés dans les autres îles et la venue massive d'Anjouanais, de Grands Comoriens et d'Africains recrutés par les planteurs (11 731 habitants en 1 866).

En 1860, Mayotte compte 29 concessions totalisant 10 300 hectares soit 30 % de la Grande Terre mais peu d'entre elles sont mises en valeur. Le but des concessionnaires européens et réunionnais est de faire de Mayotte une île à sucre.

En 1855, Mayotte produit 285 tonnes de sucre. Dix usines sont en activité en 1860 et chacune produit en moyenne 220 tonnes de sucre. Les planteurs-concessionnaires sont attirés par la fertilité de la Grande Terre, son hydrographie, l'hospitalité de ses côtes, le nombre de ses rades, et sa situation générale sur la ligne de la Réunion à la mer Rouge.

L'histoire récente

Mayotte prend peu à peu de l'importance. En 1875, il y a près de 12 000 habitants sur les 65 000 de l'ensemble des Comores, et 18 000 vingt ans plus tard.
Pourtant, à la veille du protectorat français sur les Comores (1886-1887) les sucreries ne connaissent que des déboires. La baisse des prix du sucre, l'accroissement des charges des propriétaires, les fléchissement des rendements des terres, des calamités climatiques, comme le cyclone de 1898 déterminent une crise grave. Des domaines changent de mains, des usines ferment, les travailleurs désertent.

Après la crise de 1905, arrivent les grandes sociétés coloniales agro-industrielles, dont la société Comores Bambao créée en 1907. En 1908, Mayotte est rattachée aux autres Comores déjà sous protectorat. L'archipel est sous la responsabilité du gouvernement général de Madagascar, sans que soit supprimée l'autonomie administrative et financière. Mais l'acte du 25 juillet 1912 proclame colonie française l'ensemble comorien et ouvre la voie à l'assimilation de l'archipel par la Grande île. Le décret du 23 février 1914 réalise la complète absorption de la colonie des Comores pour en faire une simple province d'une colonie malgache sous un gouvernement indigène malgache. Les Comores sont alors soumises au travail forcé et subissent une destruction assez brutale de leur structures socio-politiques, ce qui explique en partie le soulèvement de 1915 en Grande Comore.

En 1945, la société Comores Bambao gère 6 000 hectares à Mayotte (25 % du sol cultivable). Devant la forte poussée démographique et de désir des populations de cultiver des produits vivriers, les dirigeants politiques réclament une réforme agraire. La Société doit alors vendre une partie de ses domaines. D'autres sociétés rivalisent avec la Bambao et surtout la Société des plantes à parfums de Madagascar. La citronnelle se répand lentement dans l'île. Le Cymbogopon citratus connaît une grande période jusqu'en 1935. La concurrence des Indes et de la Chine entraîne sa disparition vers 1970.

En même temps que la citronnelle, on cultive la vanille ; puis le sisal, par défibrage des feuilles de l'agave, servant à fabriquer cordes de marine, sacs et ficelles d'emballage. La concurrence des fibres synthétiques entraîne à son tour une chute rapide des cours et l'abandon du sisal. D'autres cultures, café, cacaoyer, cannelle, basilic violet, cocotier échouent. Lors de la consultation populaire du 22 décembre 1974, à Mayotte, 65 % des votants refusent l'indépendance tandis que dans les autres îles une quasi-unanimité s'exprime en sens inverse. Après quelques hésitations, les autorités françaises décident par la loi du 3 juillet 1975 que Mayotte pourra rester dans le giron de la République si elle le souhaite. Malgré l'indépendance des autres îles comoriennes, proclamées unilatéralement le 6 juillet 1975, Mayotte reste française. Mais Paris n'a pas renoncé à convaincre les Mahorais de se rallier à l'État comorien. Le 8 février 1976, la population mahoraise est invitée à se prononcer sur une réintégration aux Comores : ce que refusent la quasi-unanimité des votants qui tiennent à bénéficier des nombreux avantages accordés par la métropole.

Après le référendum de 1976 où les Mahorais rappellent leur voeu de rester Français, la France érige l'île en « collectivité territoriale », qui n'est ni un DOM ni un TOM mais compte un statut hybride qui lui donne une forme quasi départementale (préfet, Conseil général, communes?) mais où les lois ne s'appliquent que sur « mention expresse ». Mayotte fait partie de ces petits territoires encore français dans le monde, les « confettis de l'empire »...